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Pannel de questions individuelles, collectives et générationnelles

Q: RECOMMANDE : Pannel de questions individuelles, collectives et générationnelles…

Réponses du rav Cherki en gras dans le texte

Bonjour, 

Voici les questions qui se sont posées et qui se posent encore à moi après quelques années de fréquentation des lois de Noé.

 

1) Sur le plan individuel

— le judaïsme met l’accent sur l’acte, sur la pratique. Chaque homme est jugé sur les actes qu’il commet. L’on dit que Dieu a augmenté le nombre de commandements des Juifs pour accroître leur [chance de] mérite. Cela veut-il dire que les non Juifs sont voués dès l’origine à être moins méritants que les Juifs?

Non, absolument pas, vous avez tout à fait le droit de vous convertir et donc d’avoir tous les commandements des juifs. Vous pouvez également prendre sur vous des commandements du judaïsme et ainsi enrichir votre vie spirituelle et vos chances de mérite.

— certes on dit que les commandements noahites sont des principes qui comportent de nombreuses dérivées (שבע מצות וכל אבזריו). Quelles sont ces dérivées? Sont-elles des calques des commandements adressés aux Juifs? Jusqu’où s’étendent les dérivées des 7 lois?

Les dérivées des 7 lois sont tout d’abord le détail de ces lois. Par exemple, lorsque dans la Thora il est dit qu’il est interdit de pratiquer l’idolâtrie, dans la législation juive cela se subdivise dans un premier temps dans les quatre manières de pratiquer l’idolâtrie :

 – la prosternation

– le sacrifice

– la libation

– la consommation du sacrifice sur un autel.

De plus, il est interdit de pratiquer tout autre culte selon ses normes. Si par exemple la pratique du culte consiste à présenter des fleurs devant une statue, cela sera inclut dans l’interdiction.

De même, l’interdiction de la débauche sexuelle interdit les rapports avec sa mère, avec sa sœur, avec un animal, avec un membre du même sexe, etc.

L’interdiction de l’homicide inclut l’interdiction de l’avortement sous certaines conditions, l’interdiction de l’euthanasie sous certaines conditions, voire même de ne pas faire honte à son prochain en public entre autres.

L’on peut donc entrer dans énormément de détails, même sans dépasser le nombre de sept lois. D’après le compte de certains de nos maîtres, les lois noachides sont au nombre de trente. Mais étant donné que le décompte de ces différentes lois varie selon nos différents maîtres, vous arrivez sans trop de difficulté à 49 commandements. Vous pouvez pour cela consulter dans l’encyclopédie talmudique l’appendice à l’article sur Ger Tochav.

— on dit aussi גוי עוסק בתורה חייב מיתה. Comment parler d’épanouissement spirituel s’il n’est pas possible d’étudier la Tora? Certes on se rattrape en disant qu’un non Juif doit étudier SA Tora, et non celle d’Israël, mais est-ce qu’il n’est pas naïf de croire possible une étude véritable (לימוד) sans faire de longs détours par les différentes סוגיות du Talmud? Qu’entend-on véritablement par l’étude des lois de Noé? Est-ce l’étude de la pratique de ces lois, ou bien l’étude spéculative de leur sens?

— Maïmonide dit qu’un בן נח שרוצה לעשות מצוות משאר מצוות התורה אין מוניען אתו לעשות אתם כהלכתא. Est-ce que cela s’applique à tous les commandements en plus des sept, ou bien de tous les commandements à l’exclusion de l’étude de la Tora et de l’observance du Chabbat cités par Maïmonide dans la règle précédente?

D’après Maïmonide, un noachide peut étudier la Thora sans limite.

 Cela est sujet à controverse entre plusieurs lectures possibles de Maïmonide. Notre lecture est celle du ‘Hatam Sofer, qui considère que toute étude de la Thora est autorisée, de même que l’observance du Chabbat. Ceci m’a été confirmé par un de nos maîtres contemporains le rav Avigdor Nebentsal de Jérusalem, grande autorité en Hala’ha.

Seulement, il est évident que certains commandements ne pourront pas être appliqués par un noachide, comme par exemple les commandements qui s’adressent uniquement aux Kohanim, de même que faire un sacrifice dans le Temple. Mais dans l’ensemble, la plupart des commandements peuvent être accomplis par les Bnei Noa’h.

— Maïmonide promet une part au monde à venir à celui qui observe les commandements par suite de la révélation de Dieu à Moïse, et non par inclination de son savoir ou de sa raison. Cela exclut-il d’une forme de béatitude toutes les personnes autour de moi qui sont justes, intelligentes, honnêtes et mesurées par la bonne éducation qu’ils ont reçue?

La lecture de ce texte de Maïmonide préconisée par notre maître le rav Abraham Isaac Hacohen Kook, au début du 20e siècle, est que d’après Maïmonide celui qui arrive à l’intelligence des sept commandements noachides par voie de sagesse est supérieur, d’une certaine manière, à celui qui la accepté par tradition révélée. La supériorité du ‘Ha’ham sur le ‘Hassid. Du moins, dit le rav Kook, sa forme de béatitude n’est pas appelée ‘Monde à venir’. Elle reçoit d’autres noms, selon les différentes formes de philosophies et spiritualités.


2) Sur le plan collectif

— il semble admis par tous les anthropologues que chaque homme a besoin de se retrouver autour d’un temps collectif pour partager des moments, des pensées, des émotions, etc. S’il est interdit d’inventer une religion (לחדש דת), sur quel calendrier se caler? Celui des Juifs (n’est-ce pas alors inventer un culte allégé et ajouter aux lois de Noé?)? Celui du pays purgé des éventuelles scories d’idolâtrie (par exemple fêter Noël sans la naissance de Jésus, Pâques sans la résurrection), ce qui vide de tout sens lesdites fêtes?

Notre lecture de Maïmonide est que l’interdiction de « lé’hadech dat » est à limiter de deux manières :

 – Maïmonide précise qu’on ne les laisse pas« lé’hadech dat » « midaatan leatsman », ce qui veut dire qu’on ne les laisse pas inventer une religion par eux-mêmes par leur propre chef. Cela signifie que s’il y a instruction des rabbins cela est tout à fait valable.

– Mais en vérité il semble que ce que dit Maïmonide ne s’adresse qu’à celui qu’on appelle le Goï, c’est-à-dire le non juif qui n’est toujours pas ‘Ben Noa’h’. Un Ben Noa’h qui a accepté formellement les lois noachides devant un tribunal n’est plus sur le coup de cette interdiction, et donc admettre une partie du rituel juif est non seulement autorisée mais même souhaitable.

— existe-t-il un rituel de prières qui rendrait possible un culte collectif? Le culte collectif a-t-il une valeur supérieure au culte individuel comme chez les Juifs? Faut-il chercher à faire partie d’une communauté? La réalité noahite n’est-elle pas plutôt de résider dans sa nation tout en faisant en pas de côté?

Le prophète Zacharie annonce : « De nombreuses nations s’associeront à Dieu en ce jour et seront pour Moi un peuple » (Zac. 2, 15). Cela signifie que dans l’idéal d’achèvement de l’Histoire ce sont les collectivités humaines qui vivent un moment de leur vie spirituelle qui ressemble à celui d’Israël. De ce point de vue là, les noachides ne sont que des précurseurs d’un mode de vie qui un jour sera celui des collectivités humaines auxquelles ils appartiennent. Nous attendons la sanctification des collectivités nationales même si, pour l’instant, les noachides sont voués à vivre chacun dans son individualité, ou parfois à former des communautés comme cela est déjà le cas de nos jours dans plusieurs pays du monde.

— quelle est la valeur aujourd’hui du statut de גר תושב? Est-ce que la prise d’un engagement formel à observer les lois de Noé à une valeur halakhique?

Le statut ultime du ‘Ger Tochav’ est celui du non juif habitant la terre d’Israël au temps de la plénitude de l’installation du peuple d’Israël sur sa terre, c’est-à-dire dans un temps où le jubilée a cours, lorsque l’ensemble du peuple d’Israël réside sur sa terre et que chaque tribu est sur son territoire. Nous en sommes encore bien loin.

 Le problème est de savoir si, pour l’instant, tant que nous ne serons pas arrivés à cette période bienheureuse, la déclaration formelle de l’acceptation des sept lois de Noé à une valeur hala’hique ou non. Cela est controversé parmi les rabbins de nos jours. Nous suivons en cela l’avis du rav Avigdor Nebentsal de Jérusalem pour qui cet engagement a une valeur halakhique.

— Conseillez-vous de participer au culte de la synagogue la plus proche? Oui.


3) Sur le plan générationnel

— Est-ce que le rituel de mariage annoncé sur votre site internet a été publié? Pas encore.

— Est-ce que la circoncision est autorisée? Oui. Conseillée?

Ça dépend des cas. Tout d’abord, demandez l’avis de votre épouse et de votre médecin. De plus, je la déconseille fortement lorsque l’enfant a un père juif, car cela risque d’entraîner une confusion par rapport à son identité et le faire oublier qu’il n’est pas juif.

— Est-ce qu’il faut aller jusqu’à abandonner sa religion de naissance et se couper de ses aïeux?

La religionde naissance est très souvent entachée d’idolâtrie. Tant que sont admises les parties du dogme qui sont idolâtriques, l’on n’est effectivement pas encore noachide. S’il s’agit d’une transformation du dogme, alors cela peut se discuter. Il est bon alors d’en faire part à un rabbin s’y connaissant dans ce genre de questions pour savoir dans quelle mesure il est nécessaire de se détacher de son enseignement d’origine.

 Pourquoi secouper de ses aïeux ?

— Faut-il créer des établissements scolaires où les sept commandements feraient partie de l’instruction obligatoire?

Ce serait hautement souhaitable. Je sais que ça a déjà été fait dans la communauté noachide en Honduras.

Je vous remercie d’avoir pris le temps de lire ces questions, qui me semble d’en enjeu majeur pour chaque non Juif.

Recevez mes meilleures salutations.

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