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FAQ Noachide – Les chrétiens qui reconnaissent Israël

Pourquoi les chrétiens qui ont compris que leur Dieu est le Dieu d’Israël et que le peuple juif est le peuple élu ne pourraient-ils pas être reconnus comme des « guer tochav » ?

Question:

Pourquoi les chrétiens qui ont compris que leur Dieu est le Dieu d’Israël et que le peuple juif est le peuple élu ne pourraient-ils pas être reconnus comme des « guer tochav » ?

Notes: Suite à la découverte de votre site internet, je me pose plusieurs questions. Peut-être pourrez-vous m’aider à y répondre ?

Ai-je bien compris la définition du « guer tochav » ? C’est un goy qui croit au Dieu d’Israël, aime le peuple juif mais ne désire pas se convertir au judaïsme. Alors -si j’ai bien compris- un guer tochav n’a pas besoin d’être circoncis, n’est-ce pas ?

Aussi, pour les chrétiens le statut de guer tochav est très important car il concerne les chrétiens du début du christianisme, avant le Concile de Jérusalem en 48. Le christianisme s’est ensuite séparé du judaïsme et s’est étendue à presque toute la planète. Aujourd’hui le phénomène est en quelque sorte inversé puisque de plus en plus de chrétiens se sentent attirés par leur terre spirituelle d’origine, Israël. Ils font téchouva et retournent peu à peu “à la maison”. Cela ne signifie pas qu’ils abandonnent leur religion mais qu’ils retournent à l’intérieur (ou tout près) de la maison Israël non pas en tant que juifs mais plutôt en tant qu’associés (comme disait Lustiger). Le rav Léon Askénazi explique que la fracture chrétiens/juifs ne se situe pas au niveau théologique mais surtout au niveau politique : « il y a des citoyens romains de religion d’Israël : les Chrétiens. Il y a aujourd’hui des citoyens français de religion juive : des Chrétiens. » www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/haye_sara_serie_1986/cours_1

Comment définir cette nouvelle situation ? Est-ce que l’idée de guer tochav pourrait convenir à ces chrétiens qui individuellement se rapprochent de plus en plus d’Israël à force d’étudier la Torah ?

Corneille (chapitres 10 et des Actes des Apôtres) était un « guer tochav » ou « craignant dieu » ou « prosélyte de la Porte ».

Réponse:

Cette question est d’importance. Nous avons des amis chrétiens, avec lesquels nous discutons de ce genre de questions. Le Christianisme est problématique, du point de vue de la pure législation noachide, à cause du premier commandement qui consiste à refuser l’idolâtrie. L’idolâtrie, ce qu’on appelle la « avoda zara », plus précisément, comporte, du point de vue de la halakha, différentes formes de paganisme dont : soit la trinité, qui est admise par une grande partie des Chrétiens ; soit l’incarnation, qui est admise par la très grande majorité des Chrétiens. Il y a quelques sectes chrétiennes qui reconnaissent Jésus, soit comme leur messie, soit comme leur prophète, soit même comme un sage ; ils ne lui attribuent aucun attribut divin, et ne lui adressent aucune prière ; dans ce cas-là, effectivement, ce ne serait pas différent de la position de l’Islam par rapport au Judaïsme qui, dans ce cas-là, ne serait pas idolâtre. Mais, comme vous le savez, ce n’est pas la position de la majorité écrasante des Chrétiens, qu’ils soient Catholiques, Protestants, Orthodoxes ou Evangéliques.

Il y a cependant un autre problème : dans la mesure où le premier problème serait réglé, il faudrait aussi qu’ils reconnaissent que la loi noachide est transmise par Moïse, à travers les enfants d’Israël, et les interprétations de la Loi Orale, donc talmudiques des rabbins. Il n’est pas impossible qu’un jour vienne où soient fondées différentes sortes de statuts noachides : ceux qui sont, si vous voulez, les Noachides médaille d’or, médaille d’argent, ou de cuivre, ou de bronze ; et cela pourrait être également accordé à nos amis chrétiens.

Cependant, il faut savoir qu’aujourd’hui, le noyau dur du Noachisme est constitué par des croyants qui refusent totalement la théologie chrétienne, et qui seraient –disons– heurtés, justement, de voir associé le Christianisme au Noachisme. Mais rien n’empêche ce qu’on appelle des rapprochements : on peut très bien entretenir des dialogues avec des membres des différentes confessions existantes, y compris des Chrétiens, sans pour cela accorder forcément le statut du Guer Tochav.

Il y a cependant, dans les textes des décisionnaires rabbiniques, ce qu’on appelle des tolérances par rapport au Christianisme, en raison justement de ce que vous affirmez : du fait qu’il y a un certain estompement des éléments paganiques dans le Christianisme.

Je tiens à vous rappeler que j’ai eu un entretien, récemment, avec l’un des dirigeants chrétiens des Etats-Unis, qui a quitté le mouvement évangélique, et qui m’a demandé : « qu’est-ce que vous autres les rabbins, vous nous demandez, à nous les Chrétiens, pour que nous ayons une place dans votre monde ? » Il n’a pas demandé à être Guer Tochav ; il a simplement demandé à avoir une place dans l’univers des Hébreux. Ma réponse a été la suivante : « il faut pour cela trois éléments :

  1. tout d’abord, renoncer à la théologie de la substitution, qui est une sorte de scandale, du point de vue de la tradition juive ;
  2. deuxièmement, refuser tous les éléments de paganisme qui se sont introduits dans la théologie chrétienne, et il y en a ;
  3. et également être ouvert à accepter les instructions, les enseignements des rabbins d’Israël.

Mais pourquoi aller si loin et demander une officialisation d’un statut de Guer Tochav, alors que le Christianisme pourrait tout simplement se rapprocher de plus en plus du Judaïsme ?

Je tiens à rappeler, quand même, que nous ne rendons pas un service à nos amis Chrétiens en leur cachant la vérité. Or, la vérité est que la théologie chrétienne a pu servir de filtre à la lumière d’Israël, pendant le temps de l’exil : pendant tout ce temps où Israël ne vivait que pour sa survie, et que le message biblique était transmis aux Nations, il était indispensable, effectivement, que soit bâti une sorte de mythe qui permettait de recevoir quelque peu la lumière d’Israël, dans le monde des Gentils. Mais aujourd’hui, la lumière de la Présence de Dieu revient en Israël, à travers Son peuple. Il n’est donc plus nécessaire de passer par la présence d’un homme juif, de Jésus par exemple, pour recevoir cette lumière. La recevoir directement, sans filtre, de la Nation d’Israël revenue sur sa Terre est, en fait, beaucoup plus authentique, et fait honneur à la tradition chrétienne qui a réussi à traverser l’exil d’Israël jusqu’à nos jours.

Je voudrais ajouter, pour la circoncision : il est vrai qu’un Noachide n’a pas besoin d’être circoncis, mais il peut être circoncis, s’il le désire.

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A propos de Rav Oury Cherki

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Rav Oury Cherki est né en Algérie en 1959. Il a grandi en France et fit son Alyah en 1972. Etudes a la yechiva du Merkaz Harav. Rabbin. Service a Tzahal dans l'artillerie. Il a étudié auprès du Rav Tzvi Yehouda Kook, du Rav Leon Yehouda Ashkenazi (Manitou), et du Rav Shlomo Benyamin Achlag. Rav Oury Cherki dirige le département israélien du Machon Meïr, et le Centre Noahide Mondial - Brit Olam. Il enseigne dans de nombreux endroits à travers le pays. Il dirige la communauté "Beth Yehouda" à Kiryat Moshé (Jérusalem). Auteur de nombreux ouvrages de pensée juive.

2 commentaires

  1. avatar

    Un grand merci rav Cherki pour cette réponse détaillée.
    Je comprends très bien votre perception du christianisme et j’aime beaucoup les trois principes que vous énoncez et auxquels j’adhère totalement : renoncer à l’idée de substitution, lutter pour épurer le christianisme de ses éléments païens et idolâtres, écouter les instructions des rabbins d’Israël.
    Pour le 2ème principe je me sens très proche du rav Kook : « La vocation de la lumière qui émane d’Israël n’est pas d’absorber ou de détruire les autres religions, comme il n’est pas de la vocation d’Israël de détruire les autres nationalités. Notre objectif consiste plutôt à les parfaire, à les élever et à les purger de leurs impuretés. »
    Rav Abraham Isaak Kook, lettre au Rabbi Pinhas Hakohen, 1908
    Par ailleurs je voudrais avoir votre avis sur la thèse du rav Yéhouda Léon Ashkénazi qui dit que l’Evangile est un mythe païen (créé par des juifs) censé raconter l’histoire d’Israël. Cette lecture de la vie de Jésus est très intéressante et vous y faites allusion dans vos enseignements : Israël est ressuscité depuis le XXème siècle et il est temps que les chrétiens reconnaissent le messianisme juif et retournent “à la maison”, c’est ce que leur demande Jésus dans les Evangiles. Mais pour que les chrétiens comprennent cela il faut, comme le dit Manitou, que les juifs les aident à lire les Evangiles.
    « Il y a un phénomène de vertige, de tabou, de panique lorsqu’on aborde le sujet du messianisme. Cependant, cette question qui surgit ne peut pas être refusée. Dire qu’il n’y a pas de signification messianique à l’Etat d’Israël contemporain, c’est dire qu’il n’y a aucune signification messianique dans l’Histoire d’Israël depuis les origines et qu’il n’y a pas de signification à la sortie d’Egypte. » Léon Ashkénazi (thème du messianisme sur le site internet toumanitou.org)
    Léon Askénazi Manitou :
    « Tout le récit de la Passion décrypté en catégories hébraïques montre que tout ce qui est raconté sur le personnage principal c’est l’histoire d’Israël. Et on a proposé cette histoire comme exemplaire et salvatrice pour sauver ceux qui ne peuvent pas être Israël, c’est-à-dire les non juifs se prétendant Israël. Alors que, corollairement, le peuple juif est censé vivre cette histoire, le chrétien y croit. Nous sommes donc sur des registres théologiques radicalement différents. » (…)
    « Lorsque le christianisme a été fondé, il s’agissait d’une religion d’Israël. Ensuite le christianisme a été coupé de l’histoire concrète positive de la nation d’Israël. Mais les chrétiens ont oublié les commencements [avant la coupure]. Existe-t-il dans la conscience chrétienne une mémoire des origines ? » (…)
    http://www.toumanitou.org
    Au chapitre 14 du livre de Zacharie nous voyons toutes les nations de la terre monter à Jérusalem pour la fête de Soukot. C’est la même prophétie d’Isaïe reprise par le Christ : « Ma maison sera une maison de prière pour tous les peuples ». Israël est le peuple qui accueille en lui –chez lui- tous les autres peuples. Il est le peuple sauveur, le peuple-Messie qui est en quelque sorte le Temple, lieu de rencontre entre le Ciel et la Terre, entre Dieu et l’humanité. Un jour nous irons tous à Jérusalem pour y adorer le Dieu d’Israël et de l’humanité, pour apprendre auprès du peuple juif à connaître et aimer notre Père. Mais en attendant ce jour de joie, il y a d’abord la Croix du peuple juif racontée dans les Evangiles.
    “La position crucifiée et crucifiante de l’Eglise ne peut être vécue que dans l’espérance qui annonce, en ce temps-ci et en ce monde-ci, l’accomplissement déjà réalisé mais encore caché des promesses faites à Israël, enfoui jusqu’à ce que vienne le jour de la manifestation du Fils de l’homme dans sa gloire.” (Cardinal Jean-Marie Lustiger, La Promesse)
    Israël est crucifié et mort durant la Shoah et ressuscité trois ans plus tard (en 1948).
    Israël est mort en 70 lorsque le Temple a été détruit et ressuscité le troisième jour, c’est-à-dire – comme l’explique Manitou- le troisième millénaire, puisqu’aux yeux de Dieu « mille ans sont comme un jour ».
    Israël est mort lorsque le peuple a été déportée en Babylonie, le Temple détruit et le royaume anéanti. Israël est mort et ressuscité de nombreuses fois au cours de son histoire, la première fois à Our Kasdim (Abram en Chaldée), en Egypte, à cause des Grecs, des Romains, de l’Inquisition, des pogroms…
    Aujourd’hui encore Israël est en danger d’être crucifié par les nations de la terre qui lui en veulent d’être ressuscité alors que le royaume avait disparu depuis trois mille ans et l’hébreu était devenu une langue « morte » (religieuse) depuis l’exil à Babylone.
    Et l’Eglise dans les Evangiles a une position ambivalente où elle peut être à la fois Pierre absent, Juda trahissant, Pilate ou Caïphe condamnant ou, heureusement, Marie présente en silence auprès d’Israël crucifié. Israël est crucifié plusieurs fois durant son histoire et ressuscité tellement de fois qu’il semble éternel. Et il l’est car Israël n’est pas seulement un peuple, une religion et une terre mais aussi un esprit, une présence, LA présence de Dieu parmi nous.
    Pourim est la fête dont le sens est le plus caché, comme l’explique Manitou, et celle qui sera toujours en vigueur, même aux temps messianiques lorsque les autres fêtes ne seront plus célébrées. C’est la fête de l’optimisme acharné où Israël est miraculeusement sauvé de la crucifixion. C’est une fête juive qui, comme Soukot, n’a pas de correspondance dans la liturgie chrétienne.
    D’avance je vous remercie pour votre commentaire à ce parallèle proposé par Manitou entre Jésus et Israël.
    Le messianisme juif, comme l’explique Beno Gross en reprenant la pensée du Maharal de Prague, mérite d’être connu par les chrétiens. Ainsi ils pourraient renouer avec leur matrice, leur source et alors, comme l’explique Manitou, celui qui cache ce qu’il révèle (Jésus cache Israël qu’il révèle mais, comme vous le dites, avec une sorte de filtre) pourra enfin révéler ce qu’il cache depuis 2000 ans.
    Au lieu de demander aux chrétiens d’abandonner le christianisme, pourquoi ne pas plutôt (comme le suggère Maïmonide) leur enseigner la Torah ? c’est-à-dire, comme le dit Manitou, les aider à lire les Evangiles ? N’est-ce pas ce que souhaitait le rav Abraham Isaak Hacohen Kook ? (et que vous avez légèrement déformé…)
    Shalom,
    Pierre

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