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Toldot – lutte pour les deux mondes

Puisqu’il ne tire sa force que de l’un des jumeaux, le peuple d’Israël souffre-t-il d’une carence essentielle ?

Le dualisme apparaissant dans la famille des patriarches d’Israël avec la naissance des jumeaux Jacob et Esaü soulève la question suivante sur l’identité du peuple d’Israël : puisqu’il ne tire sa force que de l’un des jumeaux, alors que l’autre est rejeté, le peuple d’Israël souffre-t-il d’une carence essentielle ? Car l’absence d’Esaü dans l’édification du peuple laisse a priori la maison de Jacob sans ces forces vitales qui étaient son l’héritage. Le peuple d’Israël se retrouve affaibli avec, pour seule force, l’arme de la parole : « la voix est celle de Jacob » (Gen. 27,22), alors qu’Esaü, fort de ses « mains d’Esaü » (ibid.), part à la conquête du monde politique et culturel sans obstacles, mais également sans le soutien moral de « l’homme intègre résidant dans des tentes » (id. 25,27). Cette dichotomie entre le matériel et le spirituel, entre ce monde-ci et le monde à venir, va à l’encontre de l’idéal d’unité et d’harmonie auquel aspire la foi monothéiste.

La matriarche Rébecca a ressenti cette tension dès la grossesse. « Comme les enfants s’entre poussaient dans son sein, elle dit “Si cela est ainsi, à quoi suis-je destinée!” Et elle alla consulter le Seigneur » (ibid. 22). Rachi sur ce verset commente : « se disputaient l’héritage des deux mondes », c’est-à-dire que chacun voulait s’approprier les deux (Maharal). Mais du fait qu’Esaü a une tendance naturelle vers ce monde-ci, son inquiétude se portait sur le monde à venir, et c’est pour cela qu’il luttait. Or effectivement, Esaü-Edom-Rome s’est inventé une théologie entière dont le seul but est le salut de l’âme. A l’inverse, les enfants de Jacob ont un penchant naturel pour le monde à venir auquel une part leur est promise d’emblée. Leur combat est donc pour l’obtention d’une parcelle politique dans ce monde-ci.

Rébecca ne savait pas qu’il s’agissait de deux enfants. Pour cette raison, elle eut de la peine à identifier avec son Esprit de Sainteté ce phénomène divin si particulier touchant ce fœtus. Etait-il « ano’khi » – représentant le nom de Dieu dans le monde à venir dans son dévoilement face-à-face, ou était-il « zé » – le nom de Dieu dans ce monde (id.) ? C’est pourquoi elle alla consulter le Seigneur pour savoir quel était le dévoilement divin de cet enfant. Sa réponse fut qu’il s’agissait de deux peuples, l’un appartenant à « zé », l’autre à « ano’khi » (ibid. 23).

Lorsqu’Esaü désespère dans sa recherche de Dieu, « fatigué par ses pêchés » (ibid. 29 – rachi), Jacob lui propose de racheter sa part dans ce monde-ci en échange de « ce rouge ». Esaü précède son élève Nietzsche en disant : « voila qu’ « Ano’khi » va mourir » (ibid. 32), l’idée de Dieu est morte pour lui, par conséquent, « à quoi bon « zé » – ce monde-ci » ? Il abandonne tout.

Le produit des efforts de Jacob de s’élever dans ce monde, en plus de sa tendance au monde à venir, est une synthèse particulière de la voix de Jacob et des mains d’Esaü, dont le résultat est « Israël », porteur de l’espérance de l’Unité. De nombreuses années plus tard, Jacob aura dans son rêve la vision d’unification des extrêmes, par l’échelle reliant le Ciel et la Terre. C’est alors qu’il dira : « Dieu se trouve à la fois dans « zé » et dans « ano’hi » » (id. 28,16).

 

Chabbat Chalom à tous nos amis noachides
Rav Oury Cherki

 

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