Le blasphème

Comment voulez-vous que l’on ne se moque pas des dieux des nations, alors qu’elles-mêmes disent tant de bêtises sur leurs propres dieux ?

Le deuxième commandement noachide est l’interdiction de blasphème. Il s’agit de l’une des lois les plus dures et les plus graves de la Torah, aussi bien pour les juifs que les non juifs. Le blasphème est l’interdit de prononcer des paroles offensantes envers le Créateur du Monde.
Ingratitude coupable
Quelle est la raison de cette interdiction? Après tout, aucun mal ne peut être fait à D.ieu, étant hors de toute atteinte ! La raison est qu’il faut y voir un problème moral, un problème d’ingratitude envers Celui qui nous a donné la vie. Si l’ingratitude envers nos parents est déjà assez grave, cela tout le monde peut le comprendre, c’est à plus forte raison le cas lorsqu’il s’agit d’ingratitude envers Celui qui est la cause première de tout être. Ainsi, blasphémer envers Celui qui a créé le monde consiste en une atteinte très profonde à l’être moral humain. C’est la raison pour laquelle cela fait partie des interdictions fondamentales.
Remarquons ici une chose intéressante, à savoir qu’il ne s’agit en aucun cas d’une quelconque obligation de louer le Créateur. En effet, la forme du culte, la manière dont l’homme va s’adresser au Créateur, est laissée au libre choix de tout homme. Il s’agit simplement de la négation de l’atteinte morale à Celui qui nous a donné la vie.
Origine de l’interdiction
Il y a un témoignage très ancien de la formulation de cette interdiction dans un écrit de l’historien juif de l’antiquité Flavius Joseph. Celui-ci a dû répondre aux accusations antisémites d’un prêtre grec d’Alexandrie, en Egypte, qui affirmait que les juifs sont blasphémateurs envers les autres dieux. La réponse de Flavius Joseph, basée sur un verset de l’Exode, est que cela est absolument impossible étant donné que la Torah elle-même nous a interdit de maudire les dieux des nations. Or, s’il n’a pas indiqué la source de cette interdiction, il s’agit probablement du verset “א-להים לא תקלל” – “tu ne maudiras pas les elohim” (Exode 22, 28). Il est vrai que du point de vue de la loi juive netto, le mot “elohim” doit être compris ici dans le sens de juges, et le verset énonce ainsi l’interdiction de prononcer des paroles désobligeantes envers un juge humain. Toutefois, l’expression “elohim” ayant en hébreu une double signification, celle de juge mais aussi celle de dieux, l’on peut également voir dans ce verset un certain respect pour les idées métaphysiques, même erronées, des nations.
Culte étranger et paganisme
Flavius Joseph rajoute cependant un petit détail qui est surprenant, à savoir qu’il demande : comment voulez-vous que l’on ne se moque pas des dieux des nations, alors qu’elles-mêmes disent tant de bêtises sur leurs propres dieux ? Il apporte pour preuve une dizaine de récits tirés de la mythologie grecque qui montrent les dieux de manière ridicule. L’on peut cependant se demander comment le fait que les nations transgressent elles-mêmes leur devoir de respect réduirait notre interdit de les blasphémer ? Pour cela, il faut comprendre que la conception du divin aurait eu deux phases dans l’antiquité. Il y aurait eu, au départ, ce que l’on appelle la עבודה זרה (avoda zara) – le culte étranger – qui est, du point de vue de la définition exacte de la tradition juive, un culte adressé à D.ieu mais de manière étrangère. C’est la signification du terme “culte étranger”. Ce n’est que dans un second temps que ce culte a entraîné une décadence, et ce culte adressé à D.ieu de manière étrangère est devenu le paganisme. Or, dans le paganisme se trouvent beaucoup de superstition, de ridicule et de bêtise. C’est envers ces bêtises que la tradition juive ne se sent pas liée par le moindre devoir de respect. Mais envers la sensibilité religieuse de toutes les nations il y a un respect, ne serait-ce que pour l’esprit porté à ces cultes, même si les cultes en question son erronés.
Conclusion
Pour conclure, il est évident que la méconnaissance du devoir de gratitude que l’on a envers le Créateur du monde, Celui qui nous a donné la vie, est un blasphème inadmissible du point de vue de la tradition d’Israël et aussi bien pour l’ensemble de l’humanité.

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