La morale I

La Torah n’a pas été révélée aux hommes pour leur enseigner la moralité, c’est exactement le contraire. La moralité est la condition de la Torah.

La moralité précède la Torah

La morale n’est pas quelque chose de particulier à la tradition d’Israël, en effet les sages d’Israël ont déjà dit : « דרך ארץ קדמה לתורה » c’est-à-dire que la moralité est antérieure à la révélation de la Torah. Effectivement, la Torah n’est pas venue sur Terre, n’a pas été révélée aux hommes pour leur enseigner la moralité, c’est exactement le contraire. La moralité est la condition de la Torah. Cela explique pourquoi la Torah a été donnée si tard dans l’histoire. Pourquoi est-ce que la Torah n’est pas apparue avec le début de l’histoire des hommes ? Tout simplement parce que les hommes n’étaient pas encore disposés à entendre une parole d’instruction divine tant qu’ils n’avaient pas réalisé un minimum de moralité fondamentale. Tant que l’homicide ou la débauche étaient des normes du comportement humain, la Torah ne pouvait être donnée aux hommes.

A chaque civilisation sa valeur centrale

L’on pourrait ainsi dire que le sujet de la moralité n’est pas à proprement parler un sujet juif. Cependant, nous autres les juifs avons néanmoins notre mot à dire là-dessus. C’est qu’en effet, ce que l’on appelle la morale est avant tout la fidélité à des valeurs. Or tout le débat qu’il y a entre les différentes moralités, entre les différents types d’éthique, est toujours de savoir quelles sont les valeurs et quelles sont les relations qu’il peut y avoir entre des valeurs contradictoires. L’on ne peut ne pas être frappé par le fait que beaucoup de civilisations ont souvent adopté une valeur au détriment des autres. Dans la tradition chrétienne, par exemple, l’idée de l’Amour, une valeur extrêmement importante, a même été identifiée avec la divinité elle-même. A tel point que dans la tradition chrétienne l’idée de justice fait problème. Appliquer la justice, juger les hommes, avoir des tribunaux ou des prisons, tout cela est considéré comme un moindre mal. La justice est d’une certaine manière en dehors de la ligne centrale de la moralité. A l’opposé de cela, dans l’islam, la rigueur, ce que l’hébreu appelle מידת הדין (midat hadin), est considérée comme la valeur par excellence et l’amour, bien que présent, est quelque peu périphérique. D’autres domaines de civilisation ont adopté comme valeur suprême la spiritualité, alors que pour d’autres sociétés il s’agit du matérialisme, voire même le « matérialisme dialectique ».

Une seule valeur, l’unité des valeurs

Or, si l’on se demande quel est l’idéal de moralité que l’on trouve dans le judaïsme, il s’agit simplement de ce qu’on appelle l’unité des valeurs. On ne peut pas préférer une valeur au détriment des autres valeurs. Du point de vue de la tradition cabalistique, prendre une valeur au détriment des autres est à l’origine du polythéisme, de l’idolâtrie, du paganisme, alors que si l’on veut connaître un D.ieu d’unité, un véritable monothéisme, la connaissance du Créateur se fait par une moralité qui tient compte de l’ensemble des valeurs et pas d’une valeur au détriment des autres. De ce point de vue, il est important que la moralité ait réussi, qu’elle soit arrivée à un sommet dans la famille des patriarches d’Israël, lorsqu’Abraham a été le réceptacle de ce que l’on appelle la générosité, la bonté, l’amour, Isaac, notre deuxième patriarche, a été le réceptacle de la rigueur, מידת הדין, et notre troisième ancêtre, Jacob, celui qui a été capable de réaliser l’unité des valeurs. C’est la raison pour laquelle il a été le fondateur de l’identité d’Israël à laquelle la Torah a pu être donnée.

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