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Pourim – La disparition d’Esther

Le récit de la Méguila est aussi le récit tragique d’Esther – dont le rouleau est appelé de son nom. Elle disparaît…

Il existe de nombreuses manières d’approcher le récit de la Méguilat’ Esther (rouleau d’Esther). La plus simple est de voir ce récit comme la description du transfert de la royauté d’Israël aux nations, par l’intermédiaire de la figure d’Esther.

La lecture de la Méguila soulève un problème : les acteurs juifs centraux dans l’histoire sont au nombre de deux, Mardochée et Esther. Or, à la fin du récit nous lisons : « Car le juif Mardochée, second après le roi Assuérus, grand aux yeux des juifs… » (Esther 10,3) mais rien sur Esther. Qu’est-elle advenue? Elle est effacée de la Méguila. Le contraste avec le sort réservé à Mardochée est particulièrement flagrant. Esther est contrainte de rester chez Assuérus. Car le récit de la Méguila est aussi le récit tragique d’Esther – dont le rouleau est appelé de son nom. Elle disparaît. Mardochée lui avait dit : « Car si tu persistes à garder le silence à l’heure où nous sommes, la délivrance et le salut surgiront pour les juifs d’autre part, tandis que toi et la maison de ton père vous périrez» (Id. 4,14). Or que s’est-il passé ? Esther ne s’est pas tue, elle est allée supplier le roi, apportant, elle, la délivrance aux juifs – et non pas d’autre part – et malgré cela elle a disparu, comme elle avait dit : « si je dois disparaître, je disparaîtrai ! » (Ibid. 16).

Le verset écrit : « Esther se revêtit de ses atours de reine et se présenta dans la cour intérieure du palais du roi» (Id 5,1) Nos sages commentent ce verset de la manière suivante : « elle se revêtit de la royauté de sa maison paternelle ». Sa maison paternelle est celle du roi Saul, comme sa généalogie l’indique au début de la Méguila. La signification de cet évènement est qu’elle prend la royauté d’Israël et la transmet à Assuérus ! C’est cela le prix de la délivrance d’Aman.

Le Talmud au traité Méguila explique de la sorte : « Rabbi Aba fils d’Ephron expliquait la Méguila à partir de là… » – lorsque Rabbi Aba voulait expliquer la Méguila d’Esther, il l’expliquait comme la réalisation d’un verset de Jérémie, dont le sens profond est le point de départ du récit de la Méguila : « Puis j’établirai mon trône à Elam, et j’en extirperai rois et princes, dit le Seigneur » (Jérémie, 49,38). Elam est la Perse dont la capitale est Suse, comme il est écrit dans Daniel : «  je me trouvais à Suse, la capitale de la province d’Elam» (Daniel 8,2). Le verset de Jérémie peut alors être compris ainsi : J’en extirperai « rois » – il s’agit de Vashti, « et princes » – Aman et ses dix fils.

Le Maharal explique : « Ceci est également l’une des raisons des évènements relatés par la Méguila. Car lorsque le peuple d’Israël fut exilé et se trouva sous le règne mède, Dieu résidait avec eux, comme il est dit que Son trône était à Elam. De la même manière que Son trône était à Jérusalem lorsque le peuple d’Israël y résidait, ainsi Son trône passa à Elam avec Son peuple ».

Dieu réside actuellement à Suse chez le roi Assuérus, comme emprisonné chez les nations !

Cette vision sur la Méguila explique pourquoi la joie de Pourim est atteinte par l’intermédiaire de la boisson. L’alcool sert à masquer le profond secret, que la délivrance de la misère du temps de l’exil est réalisée par l’action cachée de la Providence du plus profond de l’obscurité, permettant ainsi de dévoiler que la royauté divine – se situe partout.

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