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Pessa’h – En route vers la liberté !

Il est dit qu’« à chaque génération, tout homme doit se voir comme s’il était lui-même sorti d’Egypte » – c’est-à-dire chaque personne dans le monde doit se voir comme participant au processus de rédemption…


La fête de Pessa’h qui approche est une fête dont le moment clé est la soirée du sédèr (organisé le premier soir). Cette nuit, où nous racontons le récit de la sortie d’Egypte, est particulièrement significative.

Il est dit qu’« à chaque génération, tout homme doit se voir comme s’il était lui-même sorti d’Egypte ». Cette phrase tirée de la hagada (récit de pessa’h) n’indique pas que chaque juif, mais bien que « tout homme », c’est-à-dire chaque personne dans le monde, doit se voir comme participant au processus de rédemption.

Pour le peuple d’Israël, cet événement était une expérience collective nationale, nous sommes passés de l’esclavage à la liberté. Mais cet événement nous a également enseigné à transmettre à l’humanité que la liberté était possible.

Qu’est-ce que la liberté ? La liberté est la capacité de briser le processus déterministe, la rigidité des lois dans lesquelles l’homme est prisonnier. L’homme doit être capable psychologiquement, et il en est capable, de briser les habitudes qui le séquestrent. Car l’habitude est le plus grand ennemi de l’homme.

La Thora nous enseigne d’être toujours comme un nouveau né, et cette opportunité nous est donnée le soir du sédèr. L’homme renaît. Il sort véritablement d’Egypte (mitsraïm), de ses restrictions (metsarim) – deux mots qui ont en hébreu la même racine.

Cette libération de nos restrictions nous entraîne, durant cette soirée, à ouvrir notre bouche, à parler, en hébreu pé-sa’hpessa’h, le nom hébreu de la fête. Ce jeu de mots exprime ce qui se passe en ce jour où l’homme, enfin, parvient à être fidèle à lui-même. Et lorsque l’homme est fidèle à lui-même, il découvre qu’il est entièrement libre des clivages de ce monde, qu’il est en réalité uniquement serviteur de Dieu. La différence entre ces servitudes est que si  l’esclavage réduit l’homme, la soumission à Dieu le libère, comme l’a dit rabbi Yehouda Halevi, auteur du « Kouzari » : « Les esclaves du temps – à savoir les esclaves du monde – sont esclaves d’esclaves. Seul le serviteur de Dieu est libre ».

Comment l’homme devient-il libre ?

En cette nuit nous consommons deux aliments centraux : la matza (pain azyme) et le maror (herbes amères).

La matza est le pain des hommes libres. C’est un pain libre de tout esclavage à la fermentation, étant sans levure. C’est un pain simple. Une personne prête à vivre une vie simple est capable d’être véritablement libre.

Les herbes amères nous rappellent l’amertume de l’esclavage. Pourquoi, alors que le but de cette soirée est de marquer notre passage de l’esclavage à la liberté, mangeons-nous un mets dont l’objectif est de nous rappeler l’esclavage ? N’aurait-il pas été plus approprié de le manger auparavant, la veille par exemple ?

Or, c’est précisément ce que nous voulons souligner : le même Dieu qui nous a rendus esclaves est celui qui nous a libéré ! Il y a là une marque authentique de l’Unicité divine, un pur monothéisme! Car si nous ne mangions ensemble la matza et le maror, il aurait été possible de croire que deux divinités avaient agi en Egypte, l’une rendant le peuple d’Israël esclave et l’autre l’en libérant!

Mais il n’en est pas ainsi. Nous ne vivons pas dans un monde de déchirement interne. Nous vivons dans un monde où tout est lié, où de l’esclavage, des difficultés, l’homme parvient à trouver les ressources pour finalement se libérer.

Qu’est-ce qui lie le maror à la matza, l’esclavage à la liberté ? Il y a un troisième aliment, que nous ne pouvons manger aujourd’hui : le sacrifice pascal, qui symbolise l’unité entre l’esclavage et la liberté. Ce sacrifice est un symbole d’unité. Il est accompagné de nombreuses lois, dont nous n’entrerons pas dans les détails dans le cadre restreint de cet article, mais ces lois soulignent toutes l’unité, à l’aide de laquelle sont unifiés la matza et le maror.

L’agneau qui est apporté en sacrifice est un animal qui était divinisé en Egypte. Prendre cet agneau, en Egypte, quelques jours avant la libération, nécessitait beaucoup de bravoure de la part des enfants d’Israël. Egorger un agneau signifiait tuer leur dieu. Cet acte était nécessaire pour se libérer de l’emprise spirituelle des cultures qui empêchent l’homme de s’attacher à Dieu. Mais si ce détachement spirituel semble être une évidence, le commandement de la Thora de manger ce sacrifice, de l’intégrer, d’en faire une partie intégrante de nous est moins évident. Or c’est une partie de notre mission de cette soirée – être capables d’intégrer des valeurs que dans un premier temps nous rejetons.

Au départ, l’homme rejette certaines forces vitales qui le font tomber dans le mal. Mais il est également capable de les sublimer, d’élever ces mêmes forces qui le faisaient tomber, et de les utiliser pour le bien. Ce processus est appelé, dans la h’assidout, l’adoucissement des mauvaises forces. Il y a des forces qui sont mauvaises. Mais après être parvenu à se détacher de l’emprise de ces forces, qu’il ait fait téchouva, l’homme est alors capable d’utiliser ces mêmes forces pour servir le Créateur.

Ainsi, nous ne vivons pas dans un monde divisé entre le bien absolu et le mal absolu. Nous vivons dans un monde qui n’est que bonté, où même les forces qui sont au départ mauvaises sont, en fin de parcours, transformées en forces positives. Ce n’est qu’ainsi que notre libération sera véritable et entière.

Joyeuse fête de Pessa’h

Rav Oury Cherki

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