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L’Eternité – il s’agit de Jérusalem

Le Talmud (TB Bra’hot 58a) dit [au sujet du verset des Chroniques I 29, 11] « l’Eternité – il s’agit de Jérusalem », Jérusalem nous fait rencontrer l’éternité. Jérusalem nous élève au-delà de l’éphémère, nous amène jusqu’à l’essence même de l’éternité.

Ephémère vs. Eternel

Il y a les problèmes passagers, les difficultés temporaires, les épreuves éphémères, et il y a l’éternité. Jérusalem exige que notre regard sur les choses soit celui de l’éternité, sans quoi les problèmes passagers risquent de nous déprimer, de nous désespérer. Et la vérité se trouve dans l’éternité.

Il y a aussi un peuple éternel. L’éternité d’Israël (Samuel I 15, 29) est un phénomène surnaturel. L’éternité n’existe pas dans la nature. Ce qui règne dans la nature est la destruction. Qu’il s’agisse de peuples ou de toute autre chose naturelle. Tous les peuples antiques ont disparu. Des Empires, bien qu’ayant régné sur une grande partie du globe, se sont éteints et ne sont plus. Alors que le peuple d’Israël, un peuple minuscule, opprimé, qui fut exilé la majeure partie de son Histoire, « une brebis entre soixante-dix loups », qu’est-ce qui n’a pas été entrepris pour le détruire – décrets, persécutions, malheurs, souffrances, massacres, pogroms et bains de sang – et le peuple d’Israël vit toujours ! Après les difficultés, les détresses et les tentatives d’extermination qu’il a subies – le peuple d’Israël aurait depuis longtemps dû cesser d’exister, mais le peuple d’Israël appartient à l’éternité – l’éternité d’Israël !

Il y a une ville éternelle, « l’éternité – c’est Jérusalem ». Mais en vérité cela s’adresse à la terre d’Israël dans son ensemble. « Jérusalem – tout Israël est replié sous elle » (Zohar sur ‘Hayé Sara 128b). Jérusalem est le summum de tout Israël.

Jérusalem appartient au peuple juif pour l’éternité de même que toute la terre d’Israël, qui a été reconquise avec Jérusalem. Dans une vision éternelle, toute la terre d’Israël appartient et appartiendra au peuple d’Israël. C’est une certitude absolue, car c’est la volonté du Créateur, et c’est Lui qui lui a rendu la terre d’Israël et Jérusalem il y a 44 ans [ndt : au moment de la rédaction de cet article en 5771, 2011].

La main de Dieu

Dans tous les événements de notre époque nous pouvons voir la main de Dieu, mais la libération de Jérusalem et de la terre d’Israël sont spécialement le fruit du projet divin. Non seulement le peuple d’Israël n’avait pas prévu cela, mais il a même tout fait pour en empêcher la réalisation. C’est ce qu’a avoué le général Ouzi Narkiss de mémoire bénie (qui fut commandant du bataillon central lors de la guerre des six jours) le soir des célébrations de la libération de Jérusalem l’année précédant son décès.

Le matin même où fut déclarée la guerre des six jours, le premier ministre Lévi Echkol de mémoire bénie envoya un message au roi Hussein de Jordanie : « Nous ne voulons pas d’histoires avec toi. Notre seul problème est avec l’Egypte. Si tu restes assis sagement – nous ne te toucherons pas. » Que c’est-il passé ? L’Eternel endurcit le cœur d’Hussein et il sortit en guerre contre Israël, qui n’eut d’autre alternative que de lui rendre la guerre. C’est ainsi que la terre d’Israël et Jérusalem revinrent aux mains du peuple d’Israël. C’est sans aucun doute un cadeau du Ciel exceptionnel donné miraculeusement.

Ruine physique ou ruine nationale ?

Pour comprendre véritablement ce qui c’est passé en 1967, voici un extrait du Talmud : « Rabbi ‘Helbo dit au nom de rabbi Oula de Bir qui dit au nom de rabbi Elazar : celui qui voit les villes de Judée en ruine – dit (Isaïe 64, 9) : « Tes villes saintes sont devenues une solitude », et déchire ses vêtements. Jérusalem en ruine – dit (idem) : « Sion un désert, Jérusalem une ruine abandonnée », et déchire ses vêtements. Le Temple de Jérusalem en ruine – dit (idem, 10) : « Notre saint et glorieux Temple où Te célébraient nos ancêtres, est devenu la proie des flammes ; nos biens les plus chers ont été livrés à la destruction », et déchire ses vêtements… » (TB Moed Katan 26a).

Nous voyons donc qu’il y a obligation de déchirer ses vêtements lorsque nous voyons Jérusalem en ruine. Le Beit Yossef [rabbi Yossef Karo, auteur du Choul’han Arou’h] explique ce qu’est la ruine pour laquelle nous devons déchirer nos vêtements :

« La situation des villes de Judée en ruine dont il est question, est lorsqu’elles ne sont pas peuplées (de juifs) du tout, mais si elles sont peuplées (de juifs), bien qu’entre les mains de non juifs, il semble qu’il n’y ait besoin de déchirer ses vêtements ». Déchirer ses vêtements est obligatoire lorsque la ruine est physique, technique, non lorsqu’elle est construite, même entre les mains de non juifs.

Le Beit Yossef poursuit : « Mais il se peut que si elles sont entre des mains non juives, elles soient tout de même dites en ruine, bien que peuplées par des juifs ». La seconde option proposée est une ruine nationale, lorsque Jérusalem est entre mains non juives.

Et c’est en faveur de cette seconde option que tranche finalement l’auteur « c’est cet avis qui est le principal ». A savoir que lorsque Jérusalem est entre des mains non juives, elle est dite en ruine, et il y a obligation de déchirer ses vêtements.

Selon la décision du Beit Yossef, reprise par tous les décisionnaires postérieurs, lorsque Jérusalem était entre les mains des Jordaniens avant 1967, la ville de Dieu était rabaissée au plus profond des abysses. A l’inverse, lorsque ses fils revinrent à elle, la libérèrent et régnèrent sur elle – c’est alors qu’elle est dite construite, c’est sa renaissance, quand bien même ceux qui règnent sur elle ne sont point parfaits. Car ils sont malgré tout ses enfants, car « Vous êtes les enfants de l’Eternel, votre Dieu » (Deut. 14, 1) quoi qu’il arrive.

Le processus bat son plein

Nous avons donc eu le mérite de voir Jérusalem reconstruite. Qu’est-ce qu’il faut s’en réjouir et remercier le Saint béni soit-Il ! Béni sois-Tu, Eternel, qui reconstruit Jérusalem. Nous ne sommes certes pas encore arrivés à la conclusion de la reconstruction de Jérusalem. Jérusalem entièrement reconstruite inclut le Temple, comme nous le disons dans la bénédiction de la Amida de reconstruction de Jérusalem : « Réside dans ta ville de Jérusalem, comme Tu l’as dit », mais il s’agit d’un processus, duquel il est évident que nous arriverons au bout. Il n’y a de cela aucun doute.

Nachmanide s’adresse à nous et déclare : si quelqu’un venait nous prédire le futur et nous annoncerait la tournure des événements tels qu’ils se dérouleraient, et que nous voyions la moitié d’entre eux se réaliser tels que prédits, ne serions nous pas portés à attendre que la seconde moitié se réalise ?! Cela est d’autant plus vrai pour nous qui avons une confiance absolue que toutes les paroles des prophètes se réaliseront, car aucune parole de l’Eternel ne s’annulera.

Nachmanide lui-même n’a vu que la réalisation des prophéties de destruction et de malheurs. Mais il affirme néanmoins que ce fait doit nous amener à la certitude que les prophéties de délivrance et de consolation se réaliseront. Que dire de nous alors, qui avons eu le mérite de voir le commencement de la réalisation des prophéties de délivrance et de consolation se dérouler sous nos yeux. Pouvons-nous avoir le moindre doute que les prophéties de délivrance et de consolation ne se déroulent dans leur intégralité ?!

Qu’est-ce que le jour de la libération de Jérusalem exige de nous ?

Qu’est-ce que le jour de la libération de Jérusalem exige de nous ? Le jour où ont été réunifiées les deux parties de Jérusalem exige de nous un autre aspect, plus qu’essentiel, de réunification de Jérusalem. Il s’agit de la réunification de la Jérusalem d’en-bas avec la Jérusalem d’en-haut. Tous nos problèmes, qu’ils soient d’ordre moral ou national, proviennent du détachement de la Jérusalem d’en-bas de celle d’en-haut, ou tout du moins de la distance les séparant. Il est évident aux yeux de tous, que sans le lien et l’approvisionnement de la Jérusalem d’en-haut, la Jérusalem d’en-bas s’affaiblit. Sans foi et sans Thora, règne la dégradation morale et politique.

Il est exigé de nous tous que nous aidions le peuple d’Israël à revenir à son identité véritable, à son essence, à ses racines, pour qu’il s’identifie à sa grande vocation et qu’il comprenne que son retour à sa terre et son emprise sur elle – est précisément la clé d’une paix véritable entre les peuples, à la joie véritable de tous les êtres humains et au bonheur véritable de toute l’humanité.

Cette vision utopique sera une réalité lorsque Jérusalem, la lumière du monde (Midrach Béréchit Raba 59, 5), éclairera le monde entier, lorsque de Sion sortira l’Enseignement, de Jérusalem la Parole de Dieu aux quatre coins du monde.

Note : cet article a été écrit par notre maître le rav Haïm Druckman, que Dieu lui accorde une longue vie, et a été publié dans le feuillet « Me’at min haor » à l’occasion de Yom Yeroushalaïm 5771 (2011).

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