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Jack parviendra-t-il à s’échapper ?

Chaque année, à l’approche de Tisha Beav je suis confronté au même dilemme. Cette coquille qui me parait impossible à briser :

Comment éprouver souffrance pour ce que je ne parviens pas à ressentir ? Comment pleurer quelque chose que je n’ai jamais vu au point que ma vie semble parfaite sans elle ?

Je me débats avec cette question depuis des années. J’ai essayé diverses méthodes pour éveiller mon cœur et exploiter ma pensée dans l’espoir de m’attacher au deuil national, mais au bout du compte j’ai grossièrement échoué. Si je ne veux pas me leurrer et feindre tristesse et nostalgie, je n’ai d’autre choix que d’admettre qu’il y a là un problème insurmontable. De même qu’un aveugle de naissance ne peut saisir la beauté d’un coucher de soleil ou qu’un sourd ne pourra jamais apprécier la magie d’une symphonie de Mozart – nous ne pourrons jamais réaliser ce que nous avons perdu il y a 2000 ans lorsque le Temple de Jérusalem fut saccagé.

Malgré cela, un livre que j’ai lu il y a quelques années m’a permis d’entrevoir la situation absurde à laquelle nous sommes confrontés et comprendre un peu mieux ce que nous ne comprenons pas…

« Room » est un livre captivant et choquant basé sur des faits réels. Joy, adolescente de 17 ans est kidnappée pendant son jogging par un homme qui l’enferme dans une pièce close de sa maison. A l’exception d’une fenêtre au plafond et d’une porte d’entrée verrouillée par un code que seul le ravisseur connait, aucune issue. Pendant sa captivité, elle est maltraitée et donne naissance à un fils, Jack, qui grandit dans cette pièce, complètement coupé du monde extérieur.

Je ne dévoilerai pas la suite de l’histoire, qui est devenu par la suite un film primé, et la tentative de Joy de s’échapper par le biais de son petit enfant, je partagerai seulement une pensée que cette terrible histoire évoque:

Imaginez un instant ce qui se serait passé si quelqu’un d’autre était soudainement entré dans la pièce, avait rencontré Jack, âgé alors de cinq ans, et lui avait demandé: « Dis-moi, mignon, comment trouves-tu la vie ?! »

Le choc initial à la vue d’une personne autre que sa mère passé, il me semble que le petit garçon aurait réfléchi un instant avant de répondre: « Géniale ! J’ai mon lit et une petite voiture rouge, je suis toujours avec ma maman qui me nourrit, chante parfois et me raconte des histoires. J’adore… ».

En entendant sa réponse, notre cœur se serait fendu de peine. Ce pauvre garçon n’a juste aucune idée! Tout ce qu’il a connu, dès sa naissance, ne sont que quatre murs et quelques éléments de base. Jack n’a jamais joué avec un ami de son âge et n’a pas fait de vélo. Il n’a jamais mangé de glace ou plongé dans la piscine, n’a pas reçu d’étreinte de ses grands-parents et n’a jamais sauté dans une flaque d’eau comme le font tous les enfants. Mais il se sent heureux jusqu’au plafond. Comme si la cellule dans laquelle il est né et a grandi était la meilleure chose qu’un enfant puisse souhaiter…

C’est exactement le point.

L’histoire de Jack est en fait notre histoire!

Nous vivons dans une « pièce » éblouissante. Avec des gratte-ciels et une télévision à 700 chaînes. IKEA, Coca-Cola et Zara, du ski dans les alpes et un safari au Kenya.

Et pourtant, elle est si petite et misérable comparé au monde qu’elle pourrait être: un monde dans lequel Dieu réside, avec prophéties et spiritualité, des miracles et une connexion à l’âme. Notre tragédie nous est si agréable dans notre « pièce », que nous n’imaginons pas un instant que ce n’est que la pointe de l’iceberg de mondes entiers que nous n’avons pas encore atteints.

C’est vrai, ici et là, nous avons des rappels. Nous sommes confrontés à des fissures qui minent notre vision du monde parfait – maladies, terrorisme, guerres, désastres. Mais très vite nous prenons soin de les refouler et de nous focaliser sur le prochain plaisir. Nous refusons d’intégrer le fait fondamental: lorsque le cœur rend l’âme, les sensations et la douleur se propagent dans tout le corps.

C’est précisément là que survient Tisha BeAv.

La fenêtre au plafond en quelque sorte…

Très haut, hors de portée, mais déterminée et constante.

Il est vrai qu’on n’y voit rien du monde extérieur, mais elle persiste à affirmer que ce monde existe et que toute notre réalité n’est qu’une « pièce » close.

Aurons-nous le mérite d’en sortir ?!

Yoni Lavi

Article original (hébreu): http://www.eretzhemdah.org/newsletterArticle.asp?lang=he&pageid=&cat=1&newsletter=3703&article=7605

Traduction : Ithaï Meir

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